Une histoire de fin, de fringale même…
Un geste qui peut, à première vue, sembler banal : le nourrissage. De l’allaitement à la soupe populaire, des glaneurs d’autrefois aux cantines scolaires d’aujourd’hui, de la manne biblique offerte au peuple d’Israël au traité Pilgrim-Wampanoag de 1621...
L’aliment nous maintient en vie : il constitue une nécessité biologique, il est doté d’une certaine efficacité, comme le bois alimente le poêle, mais il est dépourvu de toute qualité sociale. Le mot « nourriture », lui, vient du verbe latin nutrire, qui signifie « nourrir », mais aussi « faire grandir », « éduquer », « élever », « épanouir ». En contribuant à la croissance, la nourriture nous permet non seulement de nous maintenir en vie, mais aussi de développer nos aptitudes. L’aliment est du côté de la dépendance et de la mécanisation, la nourriture du côté de la liberté et de l’épanouissement. Elle n’est pas déversée en moi de l’extérieur : elle est adaptée, choisie, enseignée, préparée, dégustée et partagée.
Dans la restauration collective, les cantines dépendent le plus souvent de cuisines-usines lointaines. Elles déballent des produits, elles les décongèlent et elles les réchauffent avant de les faire glisser sur des rails de self-service – un dispositif qui rappelle la stabulation imposée aux animaux de rente. Ces cantines sont caractérisées par l’individualisation de l’acte de manger : elles apportent à tous la même ration alimentaire. A la dégustation se substitue l’engloutissement.
Publié le 28 février 2026
