Ève Lomé

Journal extime

L’analogie

Comme la convenientia, elle assure le merveilleux affrontement des ressemblances à travers l’espace ; comme l’aemulatio, elle parle d’ajustements, de liens, de jointure. Son pouvoir est immense car les similitudes qu’elle traite ne sont pas celles, visibles, massives des choses elles-mêmes ; il suffit que ce soient les ressemblances plus subtiles des rapports. [...]
Une analogie peut aussi se retourner sur elle-même sans être pour autant contestée. [...]
Cette réversibilité, comme cette polyvalence, donne à l’analogie un champ universel d’application. Par elle, toutes les figures du monde peuvent se rapprocher. Il existe cependant, dans cet espace sillonné en toutes les directions, un point privilégié : il est saturé d’analogies (chacune peut y trouver l’un de ces points d’appui) et, en passant par lui, les rapports s’inversent sans s’altérer. Ce point c’est l’homme. [...]
Le corps de l’homme est toujours la moitié possible d’un atlas universel. [...]
L’espace des analogies est au fond un espace de rayonnement. De toutes parts, l’homme est concerné par lui ; mais ce même homme, inversement, transmet les ressemblances qu’il reçoit du monde. Il est le grand foyer des proportions, - le centre où les rapports viennent s’appuyer et d’où ils sont réfléchis à nouveau.
Michel Foucault, Les mots et les choses, II, I

Publié le 23 février 2017

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